CERES ET LA LUNE NOIRE DANS LE THEME DE SAMUEL BECKETT

Par Mireille Petit

 

SAMUEL BECKETT est né le 13 Avril 1906 à Dublin à 20h14, ASC 07°22 Scorpion, c’est un écrivain irlandais d’expression anglaise et française, auteur de romans, de poésies, mais également un grand dramaturge, « En attendant Godot » est l’une des plus célèbres illustrations de son talent.Soleil en Bélier ascendant Scorpion avec la Lune en Sagittaire.

Beckett présente une dominante vénusienne avec Vénus en Taureau conjointe au descendant. Cette Vénus est puissante et témoigne bien d’un grand besoin d’harmonie et d’un sens esthétique prononcé. Pour s’épanouir, il a besoin de développer ses activités et ses projets dans un contexte relationnel et affectif gratifiant . Il porte un très grand intérêt à la musique, et la peinture, mais surtout aux mots depuis son plus jeune âge, pour leur sonorité, et leur rythme autant que pour leur sens. C’est un linguiste qui a toujours la curiosité d’apprendre la langue du pays où il passe.

A un certain moment de sa vie, Beckett rejette sa langue maternelle qu’il ne supportait plus. On voit là une évidente projection du sentiment très ambivalent qu’il nourrissait pour sa mère. Pluton en secteur VIII est en opposition à la Lune en Sagittaire en secteur II. Cette configuration indique bien une image féminine problématique dont la personnalité peut être écrasante. En effet, la relation avec sa mère a été très difficile, même si celle-ci était ouverte d’esprit mais probablement trop protectrice et autoritaire. Contrairement à son frère, Beckett a été un enfant anxieux, malgré la bonne entente de ses parents et l’aisance familiale.(1)

Après avoir étudié les langues romanes à Dublin puis à Paris et après plusieurs voyages en Europe, il se fixe à Paris peu avant la seconde guerre mondiale.

On lui décerne le prix Nobel de littérature en 1969, mais à cause de sa timidité, il refuse d’aller chercher le prix. Mais est-ce bien à cause de sa timidité ? Lilith est conjointe à Mars (maître d’ASC) en maison VII ; dès lors, le moi s’identifie à la Lune Noire et dans le secteur VII induit une grande lucidité dans les relations mais aussi des conflits relationnels liés à la communication. Le rejet de sa langue maternelle en témoigne. Il adopte peu à peu le français pour l’écriture. Il connaît bien sûr très bien l’anglais et maîtrise admirablement le français mais il décide d’adopter un français essentiel, qu’il limite volontairement. Il utilise un français au raz du sol qui lui permet de faire parler ses personnages qui sont des individus perdus, des clochards…..à qui il va donner ce langage à la fois très simple et très recherché. Et il y a quelque chose qui tient au surréalisme : l’idée que nous sommes plongés dans un langage qui ne nous appartient pas. Son style produit une espèce de murmure continu. Les textes de Beckett évoluent vers le silence un peu comme la musique, dans cette écriture de plus en plus minimaliste. 

 

CERES DANS LE THEME DE BECKETT

Non moins importante dans le thème de Beckett est la position de Cérès qui est conjointe au Soleil et en domicile en maison VI. Nous remarquons la cuspide de la maison XI en Vierge ce qui explique son refus d’aller chercher le prix Nobel. La cuspide de la maison XI en Vierge revient à avoir Cérès en maison XI, ce qui laisse présager « une sourde révolte contre les règles courantes de la respectabilité, les idoles médiatiques et les modes de comportement imposés par la société ou la culture dominante » (cf Cérès, nouvelle édition p 121) (2)

Nous comprenons d’autant mieux l’attitude de Beckett au regard de toute reconnaissance officielle car d’une part il désire briller par ses créations, mais d’autre part, il exprime une certaine méfiance et un esprit critique vis-à-vis des conventions sociales qu’il déteste. La conjonction du Soleil avec Cérès en domicile en maison VI implique une délimitation de l’expression du moi dans la vie quotidienne et l’on sait combien est importante la notion d’immobilité dans l’œuvre de Beckett et même dans son comportement ; il pouvait rester des heures immobile devant un journaliste sans dire un seul mot !

« Les pièces comme les romans de Beckett (à partir de Malone meurt tout au moins) ont en commun de situer leurs personnages dans un lieu qu’ils ne peuvent pas quitter. Au théâtre, nulle barrière naturelle ne retient Vladimir et estragon sur cette route déserte où se déroule la pièce (sinon leur impératif rendez-vous avec Godot) ; dans Fin de partie Hamm et Clov sont cloîtrés dans une chambre ; dans Oh les beaux jours, Winnie est littéralement plantée dans un mamelon qui l’ensevelit progressivement ; enfin dans Comédie, les trois personnages de la pièce se tiennent immobiles dans les jarres. »(3)

La conjonction Soleil /Cérès en maison VI explique en outre, la simplicité et le perfectionnisme de cet écrivain mais aussi son intérêt pour les être fragiles et malheureux et cette conscience aigüe de « la précarité effrayante du temps qui fuit de façon monotone, jour après jour, comme s’il ne voulait rien épargner aux efforts répétés de l’homme pour bâtir son humble demeure sur terre ». Jean de Larche (4) souligne en outre pour cette conjonction : « L’activité solaire et la réflexion cérésienne peuvent s’allier pour produire des œuvres d’une grande maturité. »

Il apparaît donc évident que Cérès marque fortement la personnalité de Beckett et par sa force dans le thème, en fait très certainement un Bélier cérésien. Ce serait dommage d’analyser son thème sans tenir compte de cette signature car l’on reconnaît chez Beckett le souci de délimitation propre à Cérès mais également l’esprit d’analyse, la peur de perdre le contrôle et le caractère anxieux qui sont des caractéristiques du signe de la Vierge.

La conjonction Soleil/Cérès au sextile de Pluton témoigne bien d’un esprit rationnel stimulé par une créativité poétique.

« Dans l’œuvre de Beckett apparaît souvent son goût pour les mathématiques, les nombres, l’élégance de leur langage et le jeu des combinaisons possibles qu’elles permettent. Ici le mathématicien s’est associé au poète pour créer une œuvre dont la structure mérite d’être analysée en elle-même. Analyse formelle certes, mais qui conduit au cœur même de la pensée ( …)Beckett tend vers une expression « nucléaire » infiniment belle, parce qu’elle concentre l’essentiel de l’être et de sa condition dans une structure qui possède l’harmonie profonde et admirable des architectures de l’univers. » (5)

Le trigone de la conjonction Soleil/ Cérès à la Lune est la triple rencontre entre le principe de limitation, de la fonction transactionnelle (Cérès) avec l’expression du moi (Soleil) et la fonction nourricière et l’énergie instinctive propre à la Lune. Cet aspect témoigne bien des orientations humanitaires de Beckett , la générosité et les soins qu’il a prodigué aux défavorisés, personnages de ses romans ; il ne passait jamais devant un mendiant sans lui donner quelque argent. Cérès freine l’impulsivité du Bélier et réprime une certaine instinctualité impliquant un certain renoncement qui peut conduire à la dépression et l’on sait combien Beckett a dû lutter contre le « mal obscur ». Il est utile de rappeler que l’Abbé Pierre présente lui aussi un trigone de Cérès à la Lune.

Dans un article le médecin irlandais Eoin O’ Brien rend hommage à Beckett :

« L’occasion est trop importante, ma capacité d’expression trop limitée ; le souffle coupé par la gratitude, je ne puis que m’incliner devant la somme de son œuvre et admettre que, moi en tout cas, je ne serais plus jamais le même qu’auparavant. Pour le pire ou autrement, je ne sais. Mais changé par lui comme personne d’autre n’aurait pu le faire(…) Ne pas pouvoir continuer mais devoir continuer, comme seul Samuel Beckett sait le faire. L’être humain sans fard : laid, décrépit, dépravé, qui rit et qui renonce, majestueux dans son néant, pas toujours privé d’espérance (…) Toujours ma gratitude pour cette prise de conscience si profonde. Qui n’aurait pu me venir de nul autre. Qui aurait pu ne jamais venir. Que serait-il advenu alors ? ». (6)

 

LA LUNE NOIRE DANS LE THEME DE BECKETT

La maison VII est le secteur des relations et des associations formelles et officialisées et c’est donc le lieu des expériences avec l’autre. La première personne qui marque notre vie relationnelle c’est bien notre mère avec laquelle nous avons une relation privilégiée d’amour lorsque la relation de passe bien. La Lune Noire dans ce secteur peut donc donner de précieux renseignements sur cette relation importante dont dépendront toutes nos relations.

Dans son livre , La Lune noire et les destins de Vénus, Philippe Granger (7) écrit :

 « La Lune noire en secteur VII indique d’abord un manque dans la relation première à la mère. Pendant toute son existence, le sujet va offrir cette béance, cette faille, ce manque dans toutes ses relations ultérieures. D’où un certain nombre d’attitude diversifiées. J’ai souvent remarqué que la Lune Noire en maison VII correspondait, chez le natif, à une difficulté particulière à se différencier, à s’autonomiser, à se singulariser (….) Sur un autre mode, c’est la souffrance et la peur qui l’emporte : peur de l’autre, peur de n’être pas accepté, accueilli, peur de n’être pas reconnu pour sa propre valeur. Le sujet rentre alors dans sa coquille et attend que les sollicitations viennent d’autrui. »

En outre, Beckett nous fait partager une extrême compassion pour ses personnages : Vénus maître du secteur XII est dominante et rayonnante en Taureau au Descendant.

Beckett était très musicien, il jouait du piano et sa réserve ne l’empêchait pas, sous des apparences jansénistes de s’adonner à de bachiques et conviviaux transports. C’est également un vénusien, et Vénus est très bien aspectée par Neptune, Saturne, et Uranus, donnant à cet artiste toute l’inspiration, un talent d’interprétation, la profondeur et l’originalité qu’on lui connaît.

Mais le soir du 7 janvier 1938, il est poignardé par un inconnu mentalement perturbé et transporté à l’hôpital Broussais. L’on constate les effets pervers de la conjonction Mars-Lune Noire. Au moment des faits, la Lune Noire était au trigone de la conjonction natale Mars-Lune Noire et opposée à Pluton natal.

Ce qu’écrit Laurence Larzul (8), à propos de cette conjonction, est particulièrement intéressant et par rapport à l’agression que subit Beckett, cette réflexion nous interpelle :

« Il y a tout à la fois, le désir de diriger les choses, la volonté d’être autonome et le refus inconscient de l’être, la peur d’assumer seul une décision. Parfois, en effet, on a le souvenir inconscient d’un acte coupable que l’on a enfoui au fond de soi ou encore d’une décision qui fut fatale. Ce souvenir peut remonter à cette vie ou à une vie antérieure mais n’en crée pas moins un blocage. Il peut aussi s’agir d’une agression que l’on a subie qui laisse des traces…. »

Dans le thème de Beckett, Mars au carré des Nœuds lunaires indique une prédisposition à vivre des violences physiques et la conjonction Mars /Lune Noire en maison VII au carré des Nœuds explique bien un problème lié à la sexualité et un renoncement par rapport à ses désirs.

A cette occasion, il revoit une amie, la pianiste Suzanne Deschevaux- Dumesnil qui l’assistera à l’hôpital et deviendra son épouse. Ils seront unis pour la vie, parfaitement inséparables une bonne partie de leur vie commune, mais avec l’âge, Beckett deviendra de plus en plus solitaire et silencieux.

Cet écrivain érudit s’est beaucoup intéressé à la Divine Comédie de Dante et ce travail lui a permis de faire un grand voyage intérieur ; oeuvre d’un symbolisme flamboyant, illustrant l’éternel combat de l’humanité, l’affrontement entre le bien et le mal. La conjonction Mars- Lune Noire et l’opposition de Pluton en maison VIII à la Lune traduisent bien ce combat intérieur qui lui créa de gros problèmes psychosomatiques et des conflits sexuels surtout lorsqu’il était étudiant au point de consulter un psychanalyste. Reliée au deuxième maître d’ASC, Lilith confère une grande liberté de jugement par rapport à la morale institutionnelle. C’est un incroyant qui a une conscience aiguë des malheurs infligés à l’humanité par l‘intolérance religieuse.

La Lune au trigone du Soleil et conjointe à Uranus maître du secteur IV témoigne d’une enfance heureuse et dans son œuvre, il en évoque des souvenirs qui reviennent de façon récurrente. Dans cet extrait de son roman « Watt » (9), l’on reconnaît également l’attrait de la nature et la sensualité d’une Vénus en Taureau :

«  Les crocus et le mélèze qui reverdit une semaine avant les autres et les pâturages rouges de succulents placentas de brebis et les longs jours d’été et le foin fauché de frais et le ramier le matin et le coucou l’après-midi et le râle des blés le soir et les guêpes dans la confiture et l’odeur des ajoncs et la vue des ajoncs et les pommes qui tombent et les enfants qui marchent dans les feuilles mortes et le mélèze qui rejaunit une semaine avant les autres et les châtaignes qui tombent et le hurlement du vent et la mer qui se brise par-dessus la jetée et les premiers feux et les sabots sur la route et le facteur poitrinaire qui siffle « Roses de Picardie » et la lampe à pétrole en haut de son lampadaire et naturellement la neige et bien sûr la grêle et vous pensez bien la gadoue et tous les quatre ans la débâcle de février et les crocus et puis tout le foutu trafic qui repart de plus belle. »

Samuel Beckett est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, dans une tombe dont la simplicité n’a d’égale que celle de l’homme.


Bibliographie

(1)James Knowlson, Beckett Ed. Solin Actes Sud

(2), (4)Jean de Larche, Cérès planète maîtresse du signe de la Vierge, www.lulu.com

(4)Gilles Pétel , Des mots et des larmes, Critique 1990

(5)Edith Founier, S Beckett mathématicien et poète, Critique 1990

(6) Eoin O’Brien, S Beckett et le poids de la compassion, Critique 1990

(7)Philippe Granger, La Lune Noire et les destins de Vénus Ed Du Rocher

(8)Laurence Larzul, Comprendre la Lune Noire Ed. Grancher

(9)S.Beckett, Watt, ed de Minuit

 

By Mireille Petit, 3 juin 2009

 

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