INTERPRETATION DU THEME DE MARIE CARDINAL
Par Carla Pretto

Traduction de Mireille Petit

Le thème natal de Marie Cardinal présente le Soleil en Poissons en maison IV,  au trigone de Pluton en maison VIII, et tous deux  au trigone de l’Ascendant. Dès lors, on peut en déduire que le luminaire est puissant et  imprégné d’énergies scorpioniques tellement fortes qu’elles se reflètent dans les traits somatiques. La Lune en Poissons en maison III opposée à Neptune en maison IX conjoint au MC, indique chez cet écrivain une forte influence des Poissons. Nous pouvons donc imaginer une personne empreinte de gentillesse, pleine d’attentions pour autrui et très liée à sa mère, qui est représentée par la Lune dans le thème.

Cet auteur très prolifique est une personnalité émergeante dans le panorama littéraire français contemporain; le livre le plus connu est « Les mots pour le dire », où de manière très simple et directe,  elle décrit les sept années d’analyse  qu’elle a suivies.
Marie a donc été victime à trente ans, d’une profonde crise psychologique paralysante. Et elle en fut touchée alors que Saturne revenait à sa position natale et réactualisait d’une part son trigone à Venus et à Neptune, mais aussi l’opposition à Mars.
Arrivée au seuil des trente ans, malgré qu’elle était lauréate, donc apparemment épanouie et qualifiée, avec un travail dans l ‘enseignement (Lune en maison III), mariée et mère de trois enfants, elle commença à passer ses journées  recroquevillée entre le bidet et le wc, complètement détachée de toute vie sociale et conjugale.  La raison de son désespoir était un cycle menstruel incessant, qui la portait à éviter tout contact avec son entourage, car ce problème la contraignait à vérifier ces pertes de sang en continuation. Tout ceci la conditionnait au point de se renfermer chez elle, et de se cacher dans les toilettes. Par ailleurs, elle souffrait de graves crises d’anxiété avec des attaques de panique durant lesquelles elle transpirait à profusion, même si elle avait les extrémités gelées.

Marie appartenait à la haute bourgeoisie française résidente à Alger, où elle était née et avait passé toute son adolescence, jusqu’au moment où la guerre avait obligé la famille à retourner dans sa patrie d’origine. L’oncle était responsable d’une clinique psychiatrique où elle fut hospitalisée dès les premiers symptômes de la maladie. Après de nombreux  examens médicaux qui ne décelèrent aucune maladie organique, on lui donna un médicament encore en phase expérimentale, qui devait provoquer une sorte d’électrochoc chimique, mais dont on ne connaissait pas vraiment les effets secondaires. On pensait même devoir pratiquer l’ablation de l’utérus, et de ce fait, Marie qui commença par ne plus prendre son médicament, décida également de s’enfuir, ne voulant absolument pas renoncer à cette partie de son corps. Après avoir récupéré ses forces, du moins en partie, grâce à l’aide d’un ami, elle élabora un plan pour quitter la clinique et s’éloigner de la famille et elle se rendit immédiatement chez un autre psychanalyste, un homme gracile et petit, aux yeux noirs intenses et pénétrants qu’elle appellera tout au long du récit le « petit homme ». Une fois qu’il eut fini d’écouter son histoire, il lui imposa trois séances par semaine, dont elle devait en assumer entièrement les frais : il était donc important qu’elle trouve un travail.

Le docteur la rassura immédiatement, approuva ce refus de prendre ses cachets, le trouvant tout à fait raisonnable et lui dit clairement qu’elle ne devait en prendre d’aucune sorte durant toute l’analyse. Il affirma surtout avec grande assurance que ce déséquilibre menstruel était d’origine entièrement psychosomatique. Ces derniers mots furent d’abord pour Marie, une gifle en pleine figure, à tel point qu’elle décida de changer de psychanalyste. Mais lorsqu’elle prit le taxi pour rentrer chez elle et s’aperçut qu’elle n’avait plus de pertes après une seule séance, elle eut la conviction qu’il fallait continuer le traitement, et elle le suivit pendant sept ans. Les séances avaient été  tout d’abord orientées sur les questions moins douloureuses, commençant donc par l’analyse de la figure paternelle, que nous pouvons retrouver à travers le récit de Marie en observant le Soleil dans le thème natal.

Le luminaire est en Poissons, et ceci indique l’image d’un père très doux, différent de la norme, qui aspire à une certaine liberté et à de grands espaces dans lesquels évoluer ; d’autre part, le très beau trigone à Pluton en maison VIII, révèle une personnalité forte et créative, mais étant donné la nature du signe solaire en maison IV, il est fort probable que le père n’ait pas joui d’une bonne santé. Le signe des Poissons laisse entrevoir un père absent ou idéalisé ; en outre la position du Soleil au trigone de la maison VII n’est pas secondaire. En lisant le livre, nous découvrons que la mère représentée par l’opposition Lune /Neptune, était déjà en phase de séparation avec son mari alors qu’elle portait Marie et considéré sa forte religiosité,  avait fait vœu de ne plus avoir de relation avec aucun homme afin d’obtenir l’éloignement de son conjoint. Il est clair qu’à ces conditions,  la grossesse ne pouvait être sereine. Marie n’a donc pas eu un père présent au foyer, comme pouvait le suggérer un premier examen du Soleil : elle le voyait seulement durant les week-ends décidés par le tribunal. Toutefois, durant l’analyse elle prit conscience qu’il avait été la seule personne vraiment  aimante et ceci apparaît dans le trigone Soleil / Pluton. Ils s’aimaient parce qu’ils étaient semblables, tous deux pourvus d’une même énergie créatrice et d’un même besoin de liberté, mais Marie continuait à rejeter la tendresse de son père, très influencée par la mère qui faisait tout pour le discréditer à ses yeux, dans le but de les éloigner affectivement.

Toute petite, Marie aimait jouer avec les fils des domestiques, avec lesquels elle courrait joyeusement dans les champs, libre des contraintes sociales étrangères à sa nature Poissons,  mais que sa mère lui imposait. En effet, Saturne en maison II symbolise les règles qu’il faut respecter à l’intérieur du clan et vu que la planète est  au trigone de Neptune et de Vénus, seul le respect de celles-ci lui faisait mériter l’amour. Par ailleurs, Saturne est opposé à Mars ;  elle était donc toujours traitée avec une extrême rigueur. Dans le monde intérieur de Marie, l’autorité était représentée par la mère, et comme nous l’avons vu, le père était un homme instinctuel, passionné et sentimental ; il était en plus éloigné d’elle. Son image n’a aucun rapport avec la rationalité et les impositions, tandis que la Lune, au sextile de Saturne, indique de façon évidente la rigueur et l’extrême autoritarisme de la mère. L’aspect est harmonique, il est donc indubitable que malgré la lourdeur des règles infligées très tôt, celles-ci ont pu aider Marie à l’âge adulte, lui donnant des capacités d’analyse et de synthèse exceptionnelles. L’aspect Lune/Saturne lui permettra également de porter à terme son analyse psychologique, puisque Saturne permet de conclure toute entreprise qui aurait été abandonnée avec l’opposition de Neptune à la Lune.

Le père de Marie mourut lorsqu’elle était encore toute petite et à cause d’un retard dans les moyens de transport, le cercueil, abîmé durant le trajet, arriva à Alger avec huit jours de retard. Dans la chambre où l’on faisait la veillée funèbre, Marie se souvenait du parfum intense des fleurs qui l’accompagnaient,  mêlé à l’odeur âcre du cadavre en décomposition qui sortait des fissures du cercueil endommagé. C’était l’unique sensation liée à la mort de son père, car à ce moment -là  Marie ne ressentit aucune douleur,  comme si cette mort avait été celle d’un étranger. C’est seulement à l’âge adulte , durant les séances d’analyse qu’elle comprit combien son père l’avait aimée, la seule personne à l’avoir acceptée et appréciée pour ce qu ‘elle était et la seule dont elle avait reçu des gratifications affectives qu’elle n’était pas en mesure de reconnaître à cause de l’hostilité de la mère envers l’ex mari.

Il nous est donc possible d’analyser en termes astrologiques, la figure de la mère.  La Lune en Poissons opposée à Neptune, indique une femme extrêmement sensible, mais le sextile à Saturne en maison II témoigne également d’un besoin de montrer aux autres une personnalité opposée, c'est-à-dire rationnelle et inattaquable . Une telle Lune ne peut s’empêcher de s’occuper charitablement de son prochain. Effectivement, nous savons par les récits de Marie que chaque matin sa mère se dédiait aux pauvres bénévolement vu qu’elle avait fait médecine , une chose exceptionnelle pour son époque.
Mais malgré sa compassion,  elle était très sévère ; les seules choses qu’elle considérait importantes était la religion, les malades et le respect de ses règles strictes.  Marie ne se sentit jamais acceptée par sa mère : douée d’une  forte imagination et d’un désir de liberté démesuré, elle vagabondait dans les champs à la recherche d’un trésor, de cailloux et coquillages qu’elle aurait pu offrir à sa mère, pensant que de cette manière, elle aurait obtenu son amour. Elle ne l’éprouvait que dans les moments où elle était alitée pour une quelconque maladie. C’est seulement à ces occasions que sa mère interrompait ses activités de volontariat pour s’en occuper complètement et elle soignait alors Marie avec attention et tendresse en lui chantant des chansons tristes qui parlaient de la mort.

Dans son livre, Marie raconte avoir eut la première crise d’anxiété à vingt ans durant un concert de Luis Armstrong qu’elle dut abandonner très vite car elle commençait à transpirer et à trembler sans motif apparent. Lorsqu’elle arriva chez elle, la mère lui prodigua immédiatement des soins et elle comprit à ce moment précis qu’elle avait reconnu chez sa fille ce que Marie appellera toujours la « chose ». Cette « chose » qui les unissait,  c’était la folie. Même à cette occasion la mère la soigna avec amour en essayant de la tranquilliser et en lui disant que le trouble panique était une chose normale. Malgré ses encouragements, Marie commença à suspecter que ses malaises n’étaient pas normaux et d’ailleurs elle aura la force, dix ans plus tard de soigner le mal intense qui l’affligeait.

Avec une Lune opposée à Neptune, Marie était prête à une totale abnégation pour obtenir l’approbation et la reconnaissance de sa mère et elle se complaisait à jouer les victimes. Mais l'influence des Poissons n’est pas la seule à être forte dans son thème qui présente également Mars et Pluton en Cancer en maison VIII.  Sachant que le Cancer représente la famille, la présence de Mars dans ce signe indique qu’elle a certainement subi une violence dans le milieu familial même si Mars et Pluton dans son thème sont bien aspectés et très forts. L’on peut en déduire qu’elle avait également une nature violente sans en être consciente. Et il ne pouvait qu’en être ainsi. Dans la première partie de sa vie, cette femme exprima principalement sa Lune radicale  et avec un Soleil en Poissons, elle n’avait pu extérioriser son agressivité durant l’enfance.
La violence subie se lit également dans le domaine sexuel. En effet, l’on sait par ses récits qu’on lui interdisait de parler de la partie inférieure du corps parce que toute allusion à la sexualité était sévèrement réprimandée. Et ceci se reflète dans la Lune en Poissons qui fuit la réalité même physiquement.

La mère de Marie était une narratrice de talent capable de s’assimiler aux personnages de ses histoires comme un neptunien sait le faire ; mais quand elle évoquait des questions sexuelles,  elle assumait immédiatement un ton de voix vulgaire car dans sa famille le sexe n’était pas considéré comme une fonction normale mais plutôt trouble et même à la limite ridicule. Seulement après quelques années d’analyse, Marie se rendra compte que les dialogues qu’elle avait eus avec sa mère étaient très catégoriques et attachés aux règles qu’il fallait respecter à la maison et que sa personnalité ne correspondait pas aux attentes de sa mère : elle aimait les fleurs, la liberté et les paysages d’Algérie. En fait, elle ressemblait tout à fait au père que sa mère haïssait profondément.

Le père provenait d’une riche famille, mais souhaitant réussir sa carrière, avait quitté très tôt sa famille d’origine et s’était diplômé en travaillant en même temps dans la maçonnerie. Il épousa ensuite  la mère de Marie mais leur relation se dégrada très vite à cause de soucis financiers et des nombreuses infidélités de cet homme dont témoigne l’aspect Soleil / Pluton dans le thème de Marie. Mais la véritable raison de leur séparation était d’une autre nature : il avait eu la tuberculose pendant la guerre et avait contaminé l’aînée qui mourut à 11 mois. La mère n’avait pu lui pardonner ce malheur et décida de s’éloigner de lui définitivement. Alors que Marie avait 14 ans,  sa mère lui confessa, au cours d’une promenade, qu’elle était restée enceinte d’elle avant la séparation et qu’elle avait tout fait pour avorter naturellement, ne pouvant pas accepter d’avoir un autre enfant d’un homme qu’elle détestait et qui n’était plus son mari. Mais la petite Marie avait survécu comme l’indique le trigone du Soleil à Pluton qui est plus fort que tout, même de l’opposition Mars / Saturne qui montre bien une vie prénatale pénible. La confession de la mère éloigna la fille et c’est seulement durant l’analyse qu’elle réussira à sortir cette haine refoulée, commençant ainsi à guérir.
Etant donné que Mars et Pluton se trouvent en maison VIII, Marie avait refoulé toute sa colère, exprimant seulement l’état d’anxiété que traduit l’opposition de la Lune à Neptune. En effet, Neptune correspond à une partie moins profonde de l’inconscient,  de sorte que ses manifestations en sont plus visibles.

A l’âge de vingt ans Marie était encore vierge et choisit un ami très beau et expérimenté pour l’initier au sexe. Le rapport avait été satisfaisant mais à cause de l’aspect Lune / Saturne, elle ne put arriver à l’orgasme. Tout de suite après, elle eut sa seconde crise d’anxiété.
Elle se diplôma en philosophie et entra dans l’enseignement, cédant encore une fois aux pressions familiales qui lui avaient empêché d’étudier les mathématiques, sa vraie passion, considérant cette faculté trop masculine. Elle était donc obligée de se soumettre à la volonté d’autrui dans tous les domaines ;  la Lune en Poissons tend à subir.
Le mariage et les enfants arrivèrent ensuite et peu après, elle entra dans une profonde crise qui la porta à la folie. Le mari observa que la crise de son épouse avait commencé après les noces et ceci l’éloigna, perturbé par un sentiment de culpabilité qu’il ne put surmonter et de ce fait accepta d’être transféré en Amérique.
Marie se retrouva donc plus seule que jamais chargée de trois enfants, d’une maison,  du  poids financier de la famille et en pleine crise. Elle devait donc demander le soutien de sa mère qui l’aida à grandir ses enfants et qui fut donc une aide non négligeable dans la période la plus sombre de sa vie.

Après quelques années d’analyse, Marie trouva le courage de confesser une hallucination  qui la tourmentait et dont elle n’avait jamais parlé. Quand elle était avec des gens, son oeil droit voyait les objets tels qu’ils étaient, tandis que le gauche voyait un tube au fond duquel un œil la fixait. Au début, elle pensait que l’œil était celui de son père ; étant donné que le côté gauche du corps est gouverné par le Lune et que le Soleil est en Poissons, domicile de Jupiter-vue, opposé à Neptune qui symbolise entre autre les hallucinations, nous comprenons qu’une telle interprétation est erronée.
Au cours de nombreuses séances, elle rappela qu’à 18 mois son père l’avait filmée dans les toilettes avec une caméra en forme de tube tandis qu’elle urinait et au moment où elle s’en était aperçu, elle avait réagi fortement, frappant le père de toutes ses forces. Le père lui avait permis de défouler toute sa colère et de ce fait la partie masculine est positive et l’œil droit est objectif et voit correctement tandis que l’œil gauche, l’œil maternel  la contrôle et  la suit dans chaque expression, essayant de faire violence à sa personnalité. Dès qu’elle eut réalisé ceci, l’hallucination disparut pour toujours et en même temps, elle commença à travailler pour une maison d’édition en écrivant des petits textes publicitaires, exprimant ainsi sa maison III où sont logés Mercure et la Lune. Elle reçut très vite des gratifications qui augmentèrent son assurance et ressentit le besoin de transcrire les journaux des séances d’analyse qui donnèrent naissance  à son premier livre et chef -d’oeuvre, « Les mots pour le dire ».

La guérison approchait : bien vite elle trouva le courage de conduire la voiture, une affirmation de la maîtrise de soi . Néanmoins,  une partie d’elle -même percevait qu’une chose  n’allait encore pas : malgré la compréhension des causes de tous ses problèmes, elle ne reconnaissait plus sa propre identité et ressentait un grand vide qu’elle ne savait comment combler. A ce point, la phase de reconstruction du parcours d’analyse avait commencé et Marie pouvait ainsi reconnaître les forces et les faiblesses qui constituaient sa personnalité et elle raconta comment avec la recherche de ses défauts elle put identifier ses qualités. Elle fut bouleversée de découvrir ce qui représentait pour elle son problème majeur c’est-à-dire la violence cachée de son tempérament,  indiquée dans le thème par l’opposition de Mars à Saturne, mais aussi par le trigone de Pluton au Soleil et celui de Mars à la Lune et Mercure. Ces aspects reflètent une énergie énorme, celle qui lui donna la force d’accomplir le parcours difficile de l’analyse, et grâce auxquels elle accepta de mourir pour renaître.

Il est important, à ce point, d’analyser à fond l’opposition de Saturne à Mars qui témoigne d’un traumatisme de suffocation, faisant en général exploser les sujets ainsi marqués et qui provoque des crises de colère après un temps trop long de refoulement.
La dernière étape avant la guérison survient lors d’un événement fortuit, une amende qui lui provoque une crise de pleurs incontrôlés et qui la conduit chez son analyste en pleine colère et désespérée. Ce fait lui rappellera un événement clef de son enfance. Lorsqu’elle était petite, sa mère l’obligeait à jouer seule avec ses poupées qu’elle n’aimait pas. Avec un Mars aussi fort, elle préférait les jeux de garçon. En plus, sa mère l’empêchait de baptiser ses poupées et lui imposait un nom de son choix. Celle qu’elle détestait le plus, Filippo, lui avait été offert par son frère majeur et à deux ans,  après un litige avec lui, la petite Marie prit une raquette de tennis et frappa sauvagement la poupée Filippo qui substituait symboliquement ce frère qu’elle ne pouvait pas frapper car il était plus grand. A l’improviste survint la mère qui calma la crise de colère  de Marie en la mettant sous la douche gelée. A ce point, l’enfant dût avaler sa colère pour que l’on arrête le jet d’eau froid et ceci représente bien la castration que traduit l’opposition Saturne / Mars. A partir de ce moment, elle ne put jamais défouler sa colère que par le biais des larmes, c’est-à-dire selon une modalité Lune / Neptune qui était bien plus acceptable aux yeux de sa mère. En outre, l’opposition Lune / Neptune représente ce qui est liquide et explique également le flux menstruel incessant et la transpiration abondante au cours des crises d’anxiété.

Durant le parcours vers la guérison, Marie se rendit compte que la « chose » appartenait à sa mère, la vraie malade qui avait tenté pendant toute sa vie de lui imposer des règles inhumaines pour rendre sa fille identique à elle.
Une fois retournée en France, la mère entra dans une profonde crise car elle dut arrêter son assistance aux malades et se sentit trahie par la religion qui avait été,  toute sa vie durant,  son unique refuge ; fidèle à Lune /Neptune, elle décida de se suicider avec l’alcool lorsqu’elle comprit que sa fille allait de mieux en mieux. C’est seulement devant sa tombe que Marie réussira finalement à accepter la véritable personnalité de sa mère, en lui exprimant tout son amour et en se réconciliant avec elle.
A ce point, la guérison s’était accomplie : grâce à l’analyse et à son énorme force intérieure, Marie se sentit libérée. Avec l’accord de son psychanalyste, elle cessa la thérapie.

Mais il lui fallait encore vérifier si son couple pouvait intégrer la nouvelle personne qu’elle était devenue. Au début de l’analyse, son médecin l’avait prévenue qu’un tel parcours risquait de changer radicalement chaque aspect de sa vie, et donc même son rapport avec le mari. Quand il rentra d’un voyage en Amérique, elle décida de lui soumettre les pages de son journal dans lequel elle avait décrit le parcours d’analyse et les phases de maturation et de changements successifs qui avaient rythmé les sept dernières années ; contrairement à ce qu’elle pensait, le mari fut profondément touché et pour la première fois s’aperçut qu’il connaissait vraiment sa femme. Le choix du partenaire pour les personnes comme Marie qui présentent un aspect natal Soleil/ Pluton, se fait en faveur d’un type d’homme bien précis au niveau inconscient ; il est donc très ancré et peut difficilement changer. C’est  pour cette raison qu’elle reprit la relation. En outre, la conjonction Vénus/ Jupiter en Taureau montre que son affectivité est très forte, mais la position de cet aspect en maison VI symbolise une difficulté à l’exprimer. En effet, Marie avait passé une partie de sa vie à se contenter des miettes d’amour que lui donnait le personnel de service qui l’entourait ; des personnes éloignées de son milieu culturel, comme indique la maison VI. Toutefois,  sachant  que le Taureau est plus intéressé à la stabilité et à l’harmonie personnelle qu’au rang, Marie avait  trouvé l’aliment qui lui servait pour surmonter les moments les plus douloureux de sa vie.

A présent,  examinons le secteur du travail dans le thème natal de cette excellente écrivaine, et voyons comment cette activité contribua à rétablir son équilibre psychologique.
Nous remarquons que par la position de Vénus au sextile de la Lune sur la cuspide entre la maison III et IV, elle travaillait chez elle. En outre, le thème présente un MC très sollicité et harmonique, touché par le trigone de Saturne, de Vénus et de Jupiter, par le sextile de Mars, par la conjonction de Neptune et par l’opposition de la Lune.
Même si elle aurait pu imaginer être un jour écrivain, elle s’approcha de ce domaine pour la première fois durant l’analyse alors que son directeur l’avait chargée d’écrire un texte publicitaire sur le lait et l’avait donc envoyée dans une fabrique de lait.  Marie était très perturbée par cette tâche car elle avait une grande répulsion pour cet aliment lié symboliquement à la mère. De plus, elle se trouvait en pleine thérapie et souffrait encore de crises d’anxiété qui l’empêchaient de marcher bien droite. Malgré tout, elle accepta pour ne pas perdre cet emploi qui était son seul moyen de subsistance et fut surprise de pouvoir porter à terme la mission sans avoir de crises. Et elle en fut si fière que son excellent article poussa son directeur à l’encourager vivement à écrire.
Peu de temps après, Marie eut le courage de commencer à transcrire ses cahiers qui sont la base du premier roman qu'elle publia.

Mercure en Verseau en maison III lui donne une extrême lucidité mais il est également opposé à Neptune, et c’est ce qui explique cette alternance,  toute sa vie, de phases confusionnelles et  de grande lucidité. Elle redoutait de perdre cette lucidité à chaque crise. En outre, le trigone de Mercure à Mars évoque des provocations continuelles inhérentes aux règles absurdes auxquelles Marie était assujettie pour calmer les colères de sa mère. Mercure est également au carré de l’ASC, et indique durant l’adolescence, l’obligation à réprimer sa curiosité naturelle et sa verve, ainsi que ses mauvais rapports avec les frères. En effet, l’aîné était hyperprotégé par la mère, toujours angoissée par l’idée qu’il pouvait tomber malade ; une tendance marquée par l’aspect Lune- Neptune qui montre une mère très anxieuse.
La sœur aînée décédée avant la naissance de Marie, était toujours présente dans l’esprit de sa mère qui  l’obligeait à l’accompagner chaque semaine au cimetière et à assister aux interminables dialogues qu’elle entretenait avec sa fille défunte. Marie était exclue de cette tendre communication et en était très frustrée car pendant tout le temps la mère semblait ignorer sa présence à ce rituel.
La mère commença à parler d’elle -même à Marie seulement quand elle était enfin guérie et c’est ainsi qu’elle avait compris que sa mère avait été vivante jusqu’à 23 ans ; elle était morte psychologiquement avec son aînée et s’était renfermée dans une prison  pendant son séjour en Algérie , protégée par les murs de ses règles absurdes qui lui permettaient de dominer sa folie latente. Arrivée en France, la maladie mentale explosa, et porta la femme au suicide ; tout le reste de sa vie,  le mari et les deux autres enfants n’avaient pas existé pour elle.

L’intelligence de Marie se justifie par la position de Mercure qui, par le signe et la maison,  reflète toute la vivacité des Gémeaux et les incomparables qualités d’analyse et de synthèse propres à Saturne, qui est d’une part gouverneur du Verseau,  mais aussi une planète très importante dans ce thème car très sollicitée par les multiples aspects qu’elle reçoit des autres planètes y compris le sextile à la Lune. L’opposition du Soleil à Neptune affaiblit  la conscience et crée des états de confusion, mais elle donne aussi une mémoire exceptionnelle et des aptitudes créatives que Marie a su habilement canaliser dans sa profession. L’aspect Lune/Neptune  a été pour elle un puissant allié qui lui inspira de nombreuses clefs d’ouverture à son psychisme, bien évidemment par le biais d’un outil propre au signe des Poissons où il se trouve : le rêve. En effet, Marie avait commencé la phase de reconstruction de sa personnalité après avoir fait deux rêves significatifs.
Le premier survint à un moment où elle était consciente qu’il fallait encore du temps avant la guérison : elle se trouve sur une plage,  une grande vague la soulève et la rejette ensuite à  terre, elle remarque stupéfaite qu’elle a un serpent autour du bras.
Marie avait d’abord associé l’animal au sexe masculin mais elle se rendit compte par la suite que la véritable correspondance était la tête et les activités mentales. Elle réfléchit au rôle de la femme et à ses nombreuses charges journalières qui l’empêchent de s’occuper d’elle-même et elle réalisa de ne plus pouvoir reprendre sa vie de couple passée et le rêve indiquait que la solution reposait dans la recherche d’une collaboration de la part du mari, impliquant une relation paritaire. La rébellion à un modèle familial traditionnel est très clair,  tant au regard des deux planètes en Cancer en maison VIII, que par le trigone qui relie la Lune à Mars. Elle rejette les règles imposées par la tradition et son thème astral montre bien que ce n’est pas le sexe qui l’inquiète et pose problème mais plutôt une dimension du sexe plus mentale.

Marie ne peut accepter le modèle familial dicté par le Cancer puisque Pluton se trouve dans ce signe,  et reflète la nécessité d'intégrer la vision classique du rôle de la femme avec une autre plus moderne, où le partenaire aurait un rôle de support égal au sien. Ceci est le seul modus vivendi qu’elle peut accepter avec de tels aspects. Il n’est pas inutile de souligner que Marie Cardinal arriva à ces conclusions dans les années’70 alors que les luttes féministes étaient à leur summum.

Septembre 2008 par Carla  Pretto,  traduction de Mireille Petit – Propriété exclusive de l’auteur.

Carla Pretto est née à Valdagno (Vicenza) en 1948 et pratique l’astrologie depuis vingt cinq  ans. Elle organise des conférences, des ateliers, enseigne et dirige un groupe de recherche.
Auteur d’ouvrages astrologiques, elle s’est distinguée en 1996 au concours national « Voci Nuove » et a remporté la Mencion de Honor au concours Gracento, Premios Mundiales de Investigacion astrologica 2003 à Valencia.
Carla est déléguée du C.I.D.A de Verona et elle a écrit :
« Luna – Saturno : la dualità dell’essere » (Pagnini – Martinelli Editori) octobre 2000
« I Prematuri : studio in chiave astrologica » (Pagnini – Martinelli Editori) décembre 2001
«  Cronaca astrologica di un disastro aereo » (Edizioni Cerchio della Luna) mai 2004 
« Le simbologie dei transiti » (Le Stelle di Arlac Edizioni) novembre 2005

Site : www.argo-vr.net

 


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