Nénuphar de Christian Bonnefoy

 

LES MELODIES DE GABRIEL FAURE 

La mélodie française naît vers le milieu du XIXe siècle, en France, bien sûr, mais en empruntant son nom aux Irish melodies de Thomas Moore. Cette forme musicale pour voix et piano (parfois pour voix et orchestre) se développe de manière autonome tout en empruntant à la romance dont elle est fille et au lied auquel on l'oppose fréquemment. On prétend que le lied, d'essence germanique, serait plus populaire et plus proche de la chanson que la mélodie. Cette assertion est manifestement fausse quand on analyse bon nombre de lieder de Schumann, de Brahms, de Hugo Wolf, de Strauss... Cependant, la mélodie française est particulièrement attentive à la qualité et au sens des vers qu'elle met en musique et l'extrême raffinement de sa courbe vocale, de ses rythmes et de ses harmonies la distinguent incontestablement.

http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9lodie_(genre)

 

Gabriel Fauré est né le 12 mai 1845 à 4h00 à Pamiers (France)

Extraits du Coffret 4 CD Gabriel Fauré (1845 – 1924), Intégrale des Mélodies

Elly Ameling, soprano /Gérard Souzay, bariton / Dalton Baldwin, piano


 

Au bord de l’eau de Sully Prudhomme

S’asseoir tous deux au bord du flot qui passe,

Le voir passer,

Tous deux s’il glisse un nuage en l’espace,

Le voir glisser,


A l’horizon s’il fume un toit de chaume

Le voir fumer,

Aux alentours si quelque fleur embaume

S’en embaumer,


Entendre au pied du saule où l’eau murmure

L’eau murmurer,

Ne pas sentir tant que ce rêve dure

Le temps durer.


Mais n’apportant de passion profonde

Qu’à adorer,

Sans nul souci des querelles du monde

Les ignorer ;


Et seuls tous deux devant tout ce qui lasse

Sans se lasser,

Sentir l’amour devant tout ce qui passe

Ne point passer !

 


L’Aurore Op. posthume de Victor Hugo

L’Aurore s’allume,

L’ombre épaisse fuit ;

Le rêve et la brume

Vont où va la nuit ;

Paupières et roses

S’ouvrent demi-closes ;

Du réveil des choses ;

On entend le bruit


Tout chante et murmure,

Tout parle à la fois,

Fumée et verdure,

Les nids et les toits ;

Le vent parle au chêne,

L’eau parle aux fontaines ;

Toutes les haleines

Deviennent des voix !


Tout reprend son âme,

L’enfant son hochet,

Le foyer sa flamme,

Le luth son archet ;

Folie ou démence,

Dans le monde immense,

Chacun recommence

Ce qu’il ébauchait.


Qu’on pense ou qu’on aime,

Sans cesse agité,

Vers un but suprême,

Tout vole emporte ;

L’esquif cherche un môle,

L’abeille un vieux saule

La boussole un pôle,

Moi la vérité


O terre ! O merveilles

Dont l’éclat joyeux

Emplit nos oreilles,

Eblouit nos yeux !

Bords où meurt la vague,

Bois qu’un souffle élague,

De l’horizon vague

Plis mystérieux !


Saint livre où la voile

Qui flotte en tous lieux,

Saint livre où l’étoile

Qui rayonne aux yeux,

Ne trace, ô mystère !

Qu’un nom solitaire,

Qu’un nom sur la terre,

Qu’un nom dans les cieux !



Aubade Op.6 N°1 de Louis Pommey

L’oiseau dans le buisson

A salué l’aurore,

Et d’un pâle rayon

L’horizon se colore,

Voici le frais matin !

Pour voir les fleurs à la lumière,

S’ouvrir de toute part,

Entr’ouvre ta paupière,

O vierge au doux regard !


La voix de ton amant

A dissipé ton rêve ;

Je vois ton rideau blanc

Qui tremble et se soulève,

D’amour signal charmant !

Descends sur ce tapis de mousse

La brise est tiède encor,

Et la lumière est douce,

Accours, ô mon trésor !



Nell de Leconte de Lisle

 

Ta rose de pourpre à ton clair soleil,

O Juin. Etincelle enivrée

Penche aussi vers moi ta coupe dorée ;

Mon cœur à ta rose est pareil.


Sous le mol abri de la feuille ombreuse

Monte un soupir de volupté ;

Plus d’un ramier chante au bois écarté,

O mon cœur, sa plainte amoureuse.


Que ta perle est douce au ciel enflammé.

Etoile de la nuit pensive !

Mais combien plus douce est la clarté vive

Qui rayonne en mon cœur, en mon cœur charmé !


La chantante mer. Le long du rivage,

Taira son murmure éternel,

Avant qu’en mon cœur, chère amour.

O Nell, ne fleurisse plus ton image !



Le Secret d’ Armand Sylvestre

 

Je veux que le matin l’ignore

Le nom que j’ai dit à la nuit,

Et qu’au vent de l’aube, sans bruit,

Comme une larme il s’évapore.


Je veux que le jour le proclame

L’amour qu’au matin j’ai caché,

Et sur mon cœur ouvert penché

Comme un grain d’encens il s’enflamme.


Je veux que le couchant l’oublie

Le secret que j’ai dit au jour,

Et l’emporte avec mon amour,

Aux plis de sa robe pâlie !



Clair de Lune de Paul Verlaine

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmants masques et bergamasques,

Jouant du luth et dansant, et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques !


Tout en chantant sur le mode mineur

L’amour vainqueur et la vie opportune.

Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur,

Et leur chanson se mêle au clair de lune,


Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver, les oiseaux dans les arbres,

Et sangloter d’extase les jets d’eau,

Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.



Nocturne de Villiers de l’Isle-Adam

La nuit, sur le grand mystère,

Entr’ouvre ses écrins bleus ;

Autant de fleurs sur la terre,

Que d’étoiles dans les cieux !


On voit ses ombres dormantes

S’éclairer à tous moments,

Autant par les fleurs charmantes

Que par les astres charmants.


Moi, ma nuit au sombre voile

N’a, pour charme et pour clarté,

Qu’une fleur et qu’une étoile

Mon amour et ta beauté !




Remonter en haut de la page


Mireille Petit © - Tous droits réservés - 2009