POEMES de Lucien Dubech


Champs de lavande - Christian Bonnefoy

Auteur:Lucien DUBECH
Editeur: A la cité des livres
27 rue de Saint Suplice - Paris

DEDICACE

Toi qui cachas ton cœur farouche
Ainsi qu’un secret sous tes vers,
Qui sus quel goût laisse à la bouche
Le désir des lauriers amers,
Je te dédie, ô grand Malherbe,
Qui sus accorder ta superbe
A l’humanité d’un beau chant,
Ces fruits issus de la promesse
Qu’annonçait ta forte liesse,
Moisson lointaine de ton champ.

J’aime une gloire vertueuse,
Je la sers sans aucun espoir ;
La tardive capricieuse
Est rare et ne vient que le soir ;
Plus rapide est la Parque blême ;
Mais le dieu puissant qui nous aime
Et ne sert que de justes lois,
Entre tous ses enfants, préfère
Ceux a qui la Muse est altière
Comme Artémis au fond des bois.

Comme le marin sur sa barque,
Le laboureur sur son labour,
Opposons au fer de la parque
Notre métier et notre amour ;
Toute vertu consiste à faire
Les travaux des jours de la terre
Avec joie et simplicité ;
Si les autres ardeurs sont folles,
O notre père, à ces paroles,
Reconnais ta postérité.

 

STANCES

Le beau visage humain ni le divin amour,
Ni la mélancolie assise au pied des tombes,
La vaste mer, la terre où j’ai reçu le jour,
Ta cruelle beauté, grande nuit, quand tu tombes ;

Le secret mouvement où toute passion
Porte mon cœur rapide, agité comme l’onde,
Ni les jeux du destin – ni toi-même, Apollon –
Rien n’emplit mon désir plus vaste que le monde.

                        ***

Voici venir le temps des eaux mélancoliques ;
Par les champs où la feuille achève ses destins,
J’irai cueillir encor, sous les cieux incertains,
L’âpre genévrier et les tristes colchiques ?

Et, les fantômes perdus, trois arbres inégaux
Semblent des animaux fabuleux, dans la brume,
Qui rêvent à la nuit, à Vénus qui s’allume,
Eternellement douce au fond des pâles eaux .

                        ***

Le dragon qui ronge la Lune,
Ce soir, a dévoré du feu ;
L’éclair dessine un serpent bleu ;
Voici des fleurs pour ta peau brune.

Tous les esprits de la Saint-Jean
Ont rendez-vous dans cette chambre ;
Tords, humide, à ton collier d’ambre,
La rose noire aux pleurs d’argent.

On devient fou dans cette forge ;
Entre cet orage et ta chair,
Je veux goûter ton rire amer,
Et l’eau froide au creux de ta gorge.

                        ***

Princesse de Tiflis que je ne connais pas,
Vous qui de mon ami charmez les belles heures,
Voici, pour orner vos demeures,
Les tendres fleurs de nos frimas.

La couleur de nos ciels qui forma leur corolle
Passe en enchantement les roses de Sâdi.
Nous n’avons pas besoin du cri
Puisque nous avons la parole.

                        ***

Mon printemps est passé, voici l’été tranquille,
Je n’ai plus à choisir mes dieux ni mes amours ;
J’ai labouré ma terre et défendu ma ville ;
Pour lier mes moissons j’attendrai les beaux jours.

 

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Mireille Petit © - Tous droits réservés - 2009